Pour qui performez-vous?

Et si je vous disais que votre désir de performer est sans doute intimement relié à votre rapport aux autres?

Lorsqu’on souhaite atteindre un objectif ou obtenir un certain résultat, on se pose généralement la question du « pourquoi » nous le faisons. Ce connecté à cette motivation profonde est essentiel afin de rester en action, au coeur de son projet.

Pour y parvenir, on visualise, on se motive, on se crée une routine. Tout est mis en place pour arriver à bon port le moment choisi, en pleine possession de nos moyens.

Mais vous êtes-vous déjà arrêté pour vous demander pour qui vous le faites? « Pour moi, voyons! Pour moi. » C’est la réponse presque automatique et pourtant rien n’est moins sûr.

Nous naissons tous dans une famille et c’est dans ce lieu, ce clan, que nous aurons nos premières expériences de performance. Je ne parle pas nécessairement de gagner un concours de dessin ou une compétition de patinage artistique, mais tout simplement des expériences qui nous apprendront à « faire ». Souvent, ce sera pour plaire à nos parents.

Pensons simplement au sommeil des bébés! Être parent est exigeant et les nuits sont souvent très courtes. On espère de tout notre coeur que nos petits chéris réussiront à dormir plus de 2h en ligne sans se réveiller. On comprend les parents de vouloir récupérer un peu…

Alors on guette le moment où bébé fera une nuit complète, c’est-à-dire au moins 5h à 6h de suite sans interruption, pour enfin s’écrier « Hourra! » Même notre entourage, plus ou moins proche, applaudira la prouesse. Encore au berceau et la valorisation d’atteindre des standards qui sont complètement en dehors de notre contrôle est bien enclenchée.

Vous me direz peut-être que ces enfants sont trop jeunes pour se rendre compte de tout ça? C’est possible, mais la façon d’élever ces enfants, elle, risque de perdurer et donc d’influencer l’enfant qui grandit.

C’est d’ailleurs souvent ce que l’on observe à l’introduction des aliments solides : « Allez ma puce! Une dernière bouchée de petits pois pour me faire plaisir. » L’enfant est en train d’apprendre que pour faire plaisir à maman et/ou papa (et ultimement mériter leur amour), je dois « faire » quelque chose. Et si je n’ai plus faim? Je risque de me faire gronder et ils ne m’aimeront plus!

Ces deux exemples sont banals et pourtant, ils démontrent bien, selon moi, la pointe de l’iceberg du « faire » et de la course à la performance.

Les enfants apprennent, et on leur enseigne comme parent, à recevoir de la gratification pour ce qu’ils font et non qui ils sont. S’intègre alors la croyance que l’on doit « faire » pour mériter l’amour de nos proches. Les enfants deviennent sages pour conserver cet amour ou bien ils testent, crisent et hurlent pour s’assurer que l’amour tient bon. Qu’ils ne se feront pas éjecter du clan.

Rendus adultes, ces programmes nous suivent: on « fait » pour être aimé, reconnu, valorisé, pour exister. On grandit en devenant des êtres performants. On s’est même convaincu que c’est ce qu’on voulait, pour nous! Parce que ça nous rend fières en dedans d’accomplir toutes ces choses.

Mais derrière, pour qui réalisons-nous tout ça? Pour qu’enfin notre père ou notre mère soit fier de nous? Pour que notre patron nous valorise? Pour se faire accepter par nos collègues? Pour arriver un jour à croire qu’on a de la valeur? C’est parfois difficile d’assumer ses choix les plus intimes avec de tels programmes en place. Encore plus lorsque ces choix divergent du milieu dans lequel on évolue.

Par exemple, pour un musicien classique comme moi, il est très difficile d’assumer de ne pas aller faire une audition, encore moins lorsqu’elle se passe dans sa ville. Ça ne se fait pas! Surtout si on a le talent pour le faire. Surtout si c’est possible aux yeux de nos collègues. Les attentes venant de l’extérieur sont grandes et la pression, même non exprimée, est vive pour nous pousser à « faire ».

Alors on se lance, pour ne pas perdre la face, parce que c’est ce qu’il faut faire dans le milieu ou pour continuer à montrer notre intérêt. On peut se faire croire que c’est pour garder la forme et continuer de s’améliorer. Il y a certainement du vrai là-dedans, mais si le regard des autres n’existait pas, est-ce que le choix aurait été le même?

C’est le même principe pour ceux qui hésitent dans leur carrière ou qui veulent se réorienter. Même chose pour ceux qui souhaitent vivre en célibataire, à plusieurs, se marier, sans enfant ou avec. Ou encore pour ceux qui veulent changer de pays, aller vivre dans le bois sans électricité, se nourrir dans les poubelles…

Faire un choix et mettre en place ce qu’il faut pour le concrétiser demande de se positionner face à l’autre. Tant que le besoin d’approbation extérieure est présent, le risque de parcourir un chemin qui n’est pas le sien est grand.

Alors, pour qui être vous en train d’avancer?

 

 

 

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