Récit semi-fictif et réflexions sur la vie

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J’ai un but en mettant les pieds à Paris; aller visiter le cimetière du Père-Lachaise. Ce n’est pas tous les jours que je visite cette ville et malgré le peu de temps disponible, j’ai envie de profiter de cette opportunité. Cinquante minutes de marche, ça devrait me faire du bien! De plus, c’est tellement plus simple que de comprendre comment me rendre en métro et plus abordable qu’un taxi.

Je me mets au lit en m’assurant de bien charger mon téléphone, question d’avoir un GPS demain pour me guider. Je vérifie également que le cadran est bien à la bonne heure et hop! Je ferme les yeux. J’ai vraiment besoin de cette nuit de sommeil.

C’est essentiel en tout temps, bien sûr, mais encore plus avec cette expérience de tournée. Je sens que je vais avoir besoin de toutes les minutes prévues d’ici le hurlement du cadran pour rester concentrée et pleinement présente lors de notre dernier concert demain.

Je suis donc très surprise d’ouvrir mes yeux de façon toute naturelle, sans réveil extérieur…il doit être encore bien trop tôt. Pourtant, 8h20 est inscrit sur le cadran. Pas vrai! Je n’ai pas activé l’alarme, mais seulement ajusté l’heure! Tant pis, j’ai encore le temps d’être prête pour 9h, comme je le souhaitais. Je m’habille et prends un déjeuner rapide au restaurant de l’hôtel. Un texto arrive alors que je termine de manger: « Je rencontre un ami commun dans le hall de l’hôtel à 9h. On va déjeuner. Tu viens avec nous? »

Pourquoi dois-je toujours choisir entre plusieurs choses qui me plaisent? Un moment entre amis, ça pourrait être chouette! Surtout que partir visiter aujourd’hui implique de passer l’avant-midi seule en plus de marcher au froid et à la pluie. Ce n’est pas si réjouissant que ça…et puis non. Je garde mon idée. J’ai vraiment envie de visiter. Wow! Ça me fascine encore la détermination qui nous est nécessaire pour aller au bout de nos idées lorsque la vie nous fait miroiter de bons moments. Ça a au moins l’avantage de nous rappeler nos véritables priorités, besoins et désirs.

Je retour à ma chambre, mets des bas chauds et prends mon parapluie. À moi les rues de Paris! Ça promet d’être une aventure intéressante. L’air vivifiant du mois de décembre me fait du bien après toutes ces heures de sédentarité. Enfin un peu d’action.

Mon téléphone en main, je me dirige vers ma destination. Je tourne un premier coin de rue que déjà la surprise m’assaille: devant moi une rue qui monte, et monte. Je ne m’attendais pas à faire de la randonnée dans Paris. C’est fort pratique une carte, mais on n’y trouve pas tous les détails. Il n’y a rien comme parcourir le terrain pour réellement saisir le chemin à parcourir et pour vivre toutes ses subtilités. C’est comme les êtres humains. J’aurai beau connaître très bien une personne, jamais je n’aurai accès à son expérience complète, bien que je puisse en percevoir une grande partie. Je me demande d’ailleurs si ma propre carte personnelle est à jour?

Je prends une grande inspiration. Le plaisir de marcher dans les rues de Paris en solitaire est indéniable. Le calme, la nouveauté et l’activité me font le plus grand bien. Tout de même, il fait un peu froid…et même très froid. J’ai les oreilles gelées. Une chance que j’ai pensé mettre mes chaussettes doublées. Tout de même, avoir su, j’aurais ajouté une paire de bas nylon en dessous de mes pantalons. Je suis déjà trop loin pour faire demi-tour, mieux vaut endurer le pincement du froid sur mes cuisses.

Sur ma route, quelques épiceries, plusieurs commerces fermés en ce dimanche matin, quelques voitures et très peu de passants. Puis une porte entrouverte, sur ma droite. Personne à l’entour. Naturellement je passe mon chemin, ça ne me regarde aucunement cette porte ouverte. Quoi que…si elle était ouverte juste pour moi? La vie a le don de m’apporter des événements inattendus sur ma route. C’est peut-être un de ces moments, pour me permettre de faire une rencontre intéressante, apprendre quelque chose? Je ne le saurai que si je retourne m’y mettre le nez.

Combien de fois fait-on la même chose? On se rend quelque part, avec un objectif bien précis et lorsque l’on croise une porte ouverte, on se dit que ce n’est pas pour nous. On passe notre chemin. Pourtant, si on s’arrêtait un moment pour y jeter un coup d’oeil, qui sait ce qu’on y trouverait! Au pire, on y croise quelqu’un qui dit « qu’est-ce que tu me veux » en nous regardant d’un air étrange… Je ne saurai pas quel regard se trouve derrière cette porte, je ne rebrousse pas chemin aujourd’hui. La prochaine fois peut-être.

La route est agréable, bien que le vent et l’humidité me rendent transi. Mon téléphone m’indique de tourner à droite et je tombe sur une rue beaucoup plus animée. Je ne dois plus être loin! Des restaurants, des boutiques (ouverts cette fois) et des humains croisent ma route. Ça apaise quelque chose à l’intérieur que je ne savais même pas être agité. On dirait que de déambuler seule dans une ville inconnue m’amène un certain stress finalement. Heureuse d’arriver bientôt.

Justement, j’aperçois l’entrée du cimetière. Je traverse le rond-point et j’y suis. Je prends un moment à mon arrivée pour regarder autour. L’espace, les arbres…ces lieux sacrés sont réellement des îlots de calme. Les seuls êtres vivants que je peux percevoir, autres que moi et quelques oiseaux, se comptent au nombre de quatre personnes et semblent être sur le point de quitter. Je me dirige vers la carte qui indique à qui je pourrais « rendre visite ». J’y pose les yeux un instant, mais sincèrement, ai-je vraiment envie de me créer un chemin tout tracé pour voir les tombes de ces personnages célèbres?

Je préfère opter pour la spontanéité. Je ferme définitivement mon GPS. Je marche un peu en m’éloignant de l’entrée puis je bifurque à droite, empruntant un chemin minuscule parmi les pierres. Je marche sans but précis, regardant ça et là ce qui m’entoure: des pierres tombales super classiques avec signes religieux, de grands mausolées au loin, des pierres couvertes de mousses avec aucune inscription lisibles, des fleurs desséchées par le temps.

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Je vois d’ailleurs un pot de fleurs renversé tout près. On ne voit même plus de quelle couleur étaient les fleurs, mais je prends tout de même le temps de les replacer minutieusement à leur place. Un hommage à cette personne inconnue qui a vécu, fait sa marque sur terre et qui est peut-être complètement oubliée à ce jour. Un peu plus loin, encore un pot au sol.

Je décide que ces fleurs esseulées guideront mes pas. J’en croise plusieurs. Beaucoup de pierres tombales sans inscriptions également. De la mousse, des lierres…nous sommes bien peu de chose au final. Ou plutôt, nous sommes tous égaux: peu importe la vie que nous avons menée, être un personnage célèbre ou un parfait inconnu, avoir un monument funèbre gigantesque ou une humble sépulture, nous finirons tous sous terre.

Ça pourrait m’attrister et pourtant, j’y trouve quelque chose de réconfortant. La vie n’a rien à voir avec qui on est ou ce que l’on fait, le commencement et la finalité étant la même pour tous. Entre les deux, on fait de notre mieux et on tente de trouver un sens à notre passage. Pourquoi alors se mettre autant de pression? Pour être le meilleur, le plus fort, le plus beau, le « plusss toute »? Nous n’avons qu’à vivre chaque instant et en savourer chaque seconde: les beaux comme les plus gris, les heureux comme les tristes, les faciles comme les difficiles et prendre conscience du temps qui passe.

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C’est plus facile ici, on dirait, marchant doucement hors du temps « normal ». Ça me fait du bien. Les minutes passent et mes pas se laissent guider par les fleurs au sol. Aucun personnage connu sur ma route. Je regarde l’heure sur mon téléphone, wow! Je n’ai presque plus de batterie! Il serait temps de penser à revenir à l’hôtel.

Encore quelques minutes de promenade, peut-être cinq. Je reprends mon téléphone et je vois la mention « économie de batterie, 20% ». Ok, il est vraiment temps de rentrer. Je me dirige vers l’artère principale, regarde une autre fois mon téléphone…9%!? Je sens une légère panique s’installer. Vite, j’ouvre à nouveau la connexion pour avoir accès à mon GPS, 1% de batterie. Je clique sur l’application…le noir. Mon téléphone vient de mourir en quelques secondes au cimetière du Père-Lachaise.

Ma première réaction? Rire! Je ne peux pas croire que je me retrouve là, au milieu de « nulle part », seule, à près d’une heure de marche de l’hôtel sans connaître mon chemin de retour et sans carte papier. Moi qui voulais de l’aventure! Ça m’apprendra aussi à lancer des demandes de la sorte à l’Univers. Aussitôt demandée, aussitôt reçue.

Je m’arrête un moment pour penser. Je n’ai pas pris le temps de mémoriser l’heure,  mais je crois avoir amplement le temps de retrouver mon chemin avant mon concert de cet après-midi. Je devrais même avoir le temps de dîner. Revenir à pied? Je ne pense pas pouvoir me souvenir du chemin du retour. C’était plutôt compliqué comme parcours et étant guidé, je n’ai rien mémorisé ou presque.

Au rond point avant d’entrer dans le cimetière, il y avait un métro il me semble. Voilà! Je n’ai pas le choix, je devrai comprendre le métro de Paris. Moi qui voulais justement m’éviter des efforts…Parfois on n’a pas le choix. Mais pour ça, je dois emprunter le même chemin et je n’ai aucune idée où je suis. Pas de carte autour de moi ni personne. Il me semble être entré près du crématorium et de nombreuses pancartes indiquent le chemin aux voitures. Je décide de suivre cette route. Il faut bien faire un premier pas, n’est-ce pas?

Je marche, en riant de la situation dans laquelle je me retrouve. Et si ce chemin ne mène pas où je crois? Je verrai bien assez vite et de toute façon, j’ai encore beaucoup de temps. Après ce qui me semble être une dizaine de minutes de marche, le crématorium se dessine au loin. Je ne suis pas du tout sûre que c’est le bon endroit. Du moins, je n’ai pas de souvenir de cet angle de vu. Je m’approche et, soulagement, je vois la porte qui m’a permise d’entrée. Je suis sur la bonne voie!

Je passe la sortie et me dirige vers le rond-point, lieu où j’ai vu le métro moins d’une heure plus tôt. Je croise des taxis. Ce pourrait être une option, mais j’ai quand même envie de faire l’expérience du métro. J’ai demandé l’aventure après tout! Si j’arrive dans une impasse, il me restera cette option plus coûteuse, mais certainement efficace.

Je continue donc ma route. Gambetta est inscrit sur une affiche en haut des escaliers roulants. Ma courte observation d’un plan du métro la veille ne me permet pas de me souvenir si cette station me sera utile ou non. Je descends les marches à la recherche d’une carte. Devant toutes ces lignes et ces noms, j’essaie du mieux que je peux de me figurer  le meilleur chemin de retour.

Je comprends rapidement que l’endroit où je me trouve n’est pas l’idéal. Quand je repense à ma planification d’hier, je me souviens de bleu foncé et d’orange. Or, je suis sur du bleu pâle…probablement que la station du Père-Lachaise serait préférable pour commencer mon périple souterrain. Elle semble être très proche d’ici. J’y vais à pied en contournant le cimetière.

Je rebrousse chemin et tourne à droite jusqu’à l’intersection. Le nom de la rue est bien la bonne, je tourne à gauche pour suivre les arbres. Encore des mots dans ma tête: je ne peux pas croire que je suis dans cette situation, seule dans Paris en train d’utiliser toutes mes ressources afin de retourner à mon point de départ. Je n’y crois peut-être pas, mais je trouve que je me débrouille plutôt bien! Il me semble que d’autres auraient paniqué dans la même situation.

Bien que la mort de mon téléphone m’oblige à faire face à l’imprévu, j’ai confiance que je retrouverai mon chemin. J’ai en tête les repères qui me sont essentiels (comme le nom de mon hôtel et son endroit presque précis), j’ai confiance en mes habilités pour décoder une carte et me repérer, j’ai déjà voyagé en métro, et même dans certains métros étrangers et j’ai également d’autres options si jamais tout ça ne fonctionnait pas. Pourtant, j’ai encore ce doute qui plane…

Je comprends aisément les gens qui paniquent face à la nouveauté. Un manque de ressource, de sécurité (intérieure ou extérieur) ou de certaines capacités et hop! L’esprit s’emballe. Ce n’est pas une question de faiblesse, d’infériorité ou je ne sais trop. L’être humain est simplement fait de cette façon; en situation d’insécurité et de manque de ressource, on flanche.

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Je continue à marcher d’un pas assuré en longeant le cimetière, mais soudain, une pensée me traverse l’esprit. Et si je ne trouvais pas l’entrée du métro? Je sais que l’entrée est « environ » à la prochaine intersection, mais je n’ai aucune idée de l’endroit exacte, ni si elle sera visible. Ça y est, j’ai des papillons dans le ventre. Le stress monte légèrement.

« Relaxe! T’auras toujours le taxi! » Facile à dire, mais le stress ne part pas comme ça. Je vois le coin de rue, mais toujours pas de présence de métro. À ma droite, un abri d’autobus avec une carte. Je m’arrête pour la regarder. Selon ce qui j’y lis, le métro devrait être tout près. Voilà, je l’ai localisé, il est à quelques pas! Je peux continuer à me faire confiance. Parfois, il suffit de peu de chose pour nous ramener cette conviction que nous allons y arriver.

J’arrive au coin de la rue et je vois l’affiche de la station espérée. Je m’y engage, descends l’escalier et regarde le plan du métro pour une énième fois. Oui, oui, j’ai le bon chemin. Reste à savoir les tarifs et le fonctionnement du métro parisien. Je me dirige vers la cabine du changeur: « Bonjour madame. Je dois retourner à la Philharmonie de Paris. »

J’explique que je pense devoir me rendre à la station porte de Pantin, je ne sais juste pas comment le métro fonctionne ici, les tarifs, etc. La gentille dame prend le temps de faire une recherche sur sa tablette, trouve un trajet plus rapide, mais qui implique le tramway (le tramway, c’est chiant…) et me suggère finalement le même trajet que moi.

Comme ça fait plaisir de se faire confirmer qu’on a bien choisi! Je passe le tourniquet et cherche l’affiche qui m’indiquera la bonne direction. J’ai regardé le plan tellement de fois, mais un mini stress persiste. Pourtant, trouver une direction de métro à Montréal ou à Paris, c’est la même chose! « Allez stress, parts. J’ai juste le goût de profiter de l’expérience. » Une grande respiration et on continue.

Je m’installe dans le wagon à son arrivée et ouvre mon livre. Finalement, c’est comme à la maison, je souris. Je me demande si les autres passagers remarquent que je suis une pure étrangère qui n’a aucune idée (ou presque) de ce qu’elle fait? Surement pas. Comment pourraient-ils deviner? Autant je peux me sentir inquiète ou hésitante, je suis convaincue que ce que les gens perçoivent à l’extérieur n’est pas le reflet de mon inexpérience.

C’est exactement la même chose dans nos vies. Comme on peut s’en faire pour si peu…Je me balade avec des gens que je ne reverrai jamais de ma vie et je me demande ce qu’ils peuvent bien passer. Mieux vaut en rire un bon coup!

Un dernier changement de ligne qui se passe à merveille et déjà, je suis à la porte de Pantin. Je suis curieuse de ce que je découvrirai lorsque je ferai surface. Et si je m’étais finalement trompé? Ah! L’inquiétude n’est jamais bien loin on dirait. Je prends une sortie, au hasard. La lumière diffuse de ce jour de pluie m’accueille à la sortie. J’arrive pile-poil sur la rue de l’hôtel. Enfin de retour au bercail.

Qui aurait dit que cette sortie matinale allait me faire vivre une si jolie métaphore de la vie?

 

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