La musique classique, ça semble intellectuel. Ce n’est pas complètement faux, dans le sens où pour arriver à jouer professionnellement, il faut acquérir une grande quantité de capacités, de théorie et de savoir pour devenir un musicien dit « complet ».

C’est un peu normal, la musique est un langage dont il faut apprendre les mots, la syntaxe et les règles de grammaire pour savoir la parler, même si on peut très bien le faire de façon autodidacte.

Pourtant,  pas besoin de tout connaître pour la comprendre! On dit de la musique qu’elle est une langue universelle parce qu’au-delà de ce que la tête sait et comprend, il y a ce que notre corps connait et reconnait.

La musique nous émeu sans mots, elle va chercher en nous ce que nous avons de plus vulnérable, d’universel, d’humain. Et nul besoin de la tête pour cela, nos sens suffisent.

Pourtant, dans tout mon parcours musical, on m’a très peu parlé de ce que le corps savait et connaissait. On m’a dit d’écouter, de comprendre, d’imaginer des images ou des mots sur la musique pour m’aider à jouer, mais pas vraiment de laisser le corps parler.

La musique étant un art sonore, c’est quand même compréhensible. Mais comment oublier le corps alors que c’est LUI qui produit le son?

Vous pensez que c’est l’instrument et non la personne elle-même qui fait la différence? Certains le croient. Personnellement, je suis convaincu que c’est la personne derrière l’instrument qui crée tout et qui permet véritablement la musique.

Faites simplement écouter les pianistes: ils ne se promènent pas avec leur instrument, ils utilisent ce qui est disponible et pourtant, chaque musicien aura son propre son, sa propre couleur. De la même façon, un même musicien qui joue sur plusieurs instruments différents gardera ses qualités musicales et sonores.

Ce n’est pas l’outil qui fait la différence, mais bien l’humain lui-même. 

C’est quand même curieux qu’en constatant cela on met toujours autant l’accent sur la technique instrumentale et le jeu musical en oubliant le musicien derrière… Comme s’il était possible de séparer les deux. Comme si on pouvait mettre de l’avant la musique en oubliant ce qui se trouve derrière.

Personnellement, j’ai tout tenté pour me cacher derrière mon instrument. Lorsque je l’ai dans les mains, je me sens protégé des regards indiscrets qui pourraient me voir tel que je suis. Quelle utopie! C’est l’histoire de ma vie, je ne veux pas être vu. On m’a d’ailleurs souvent dit que je jouais avec retenue, avec prudence. Pas étonnant, si je ne cherche qu’à me cacher.

Je cherche alors la réponse à l’extérieur du monde de la musique, j’explore ce qui n’a pas encore été exploré, je m’observe de l’intérieur et je danse. Littéralement. Je suis des cours de danse contemporaine depuis janvier pour apprendre à m’exprimer sans instrument, pour reconnecter à mon essence et enlever quelques filtres et limites mentales.

Et plus j’avance dans ces cours, plus je me rends compte de l’importance du corps dans la compréhension et l’interprétation de la musique. Comment peut-on laisser autant cet aspect de côté?

C’est pourtant ce que j’aime observer chez les « grands » musiciens. J’aime voir comment ils bougent avec la musique, comment leurs mouvements sont en totale cohérence avec l’univers sonore qu’ils proposent. À force d’observations, une certitude s’est installée: la musique est mouvement. 

On ne peut séparer le corps de la musique. Comment arriver à faire de la musique librement avec un blocage dans le corps? S’occuper de ces blocages est surement une merveilleuse piste pour la performance.

Enlever ses blocages physique et jouer sans filtre, c’est oser se montrer tel que nous sommes. Sans forcer pour se montrer « plus », sans se cacher pour montrer « moins ».

C’est occuper toutes les parcelles de son corps, lui permettre d’être pleinement là, de vivre ce qu’il a à vivre, d’aller au bout du mouvement sans chercher à « faire » quelque chose. C’est sortir de sa tête pour aller directement au coeur de soi.

Pour moi, c’est un peu ça laisser émerger la performance; permettre au corps de s’exprimer. Il sait d’ailleurs beaucoup mieux que notre tête ce dont on a besoin.

Lorsque la performance passe de la tête au corps, en passant par le coeur, il se crée quelque chose de magique. Habiter son corps et le laisser parler, sans censure, c’est laisser son essence libre, c’est laisser la performance émerger.

Écouter la musique avec ses oreilles, ses yeux, son coeur, son corps. Vivre la musique avec ses oreilles, ses yeux, son coeur, son corps.

Vivre la vie avec ses oreilles, ses yeux, son coeur, son corps.

La vie est un tout, ne laissons pas des aspects de côté.

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