Qu’est-ce que l’amour vient faire dans la performance?

Bien qu’on ne pense pas d’emblée à utiliser cette ressource lorsque l’on donne une performance, je pense que l’amour peut faire une réelle différence. Du moins, je l’observe lorsque je l’utilise et voici comment.

Premièrement, j’adore mon métier. J’aime jouer de mon instrument et jouer à l’orchestre. Mais comme tout le monde, il y a certaines choses que je préfère et d’autres que je n’aime pas.

Ce que je constate, et ce, peu importe le contexte, c’est que lorsque j’aime quelque chose, tout est plus facile.

Par exemple, j’aime jouer des notes délicates qui demandent précisions et contrôle. J’ai un réel plaisir à tenir une note pendant plusieurs mesures, que ce soit seul ou avec un collègue. J’adore ces défis qui peuvent paraître simples, mais qui demande énormément de maîtrise.

J’aime aussi jouer de grandes phrases lyriques. J’aime trouver la sonorité qui se fondra le mieux au son des autres instruments. Et je dois aussi l’avouer, j’aime bien avoir une partie « spéciale », jouer quelque chose qu’on pourra entendre à travers le groupe.

À voir tout ce que j’aime le plus faire, il n’est pas étonnant que j’aime autant jouer du piccolo! Du coup, c’est facile pour moi d’en jouer alors que pour d’autres, cet instrument les effraie (il ne l’aime pas beaucoup non plus d’ailleurs).

Et qu’en est-il lorsque je n’aime pas faire quelque chose? À l’intérieur de moi, ça devient une lutte sans merci. Tout devient ardu et difficile.

Une oeuvre qui représente pour moi ce que je n’aime pas du tout faire à l’instrument est Pierre et le loup de Prokofiev. C’est une oeuvre avec plusieurs passages techniques qui demande de mettre en évidence la virtuosité du flûtiste.

C’est vraiment l’aspect de mon travail que j’aime le moins, jouer de façon virtuose. Résultat, je trouve cette oeuvre terriblement difficile. Et ce n’est pas tant une question de résultat puisqu’au final, je suis capable de rendre très bien cette oeuvre!

Alors, pour réussir à la jouer, devinez ce qui m’a été le plus utile (autre que la pratique, on s’entend)?  Eh oui, l’amour!

Je sais que ça peut paraître étrange, mais c’est pourtant simple. Si l’amour rend tout plus facile, il suffit d’ajouter de l’amour pour que la difficulté disparaisse.

Pour aimer Pierre et le Loup, j’ai commencé par pratiquer debout sur une chaise et faire comme si j’étais un oiseau (la flûte représente l’oiseau dans l’histoire). L’idée était de changer ma perception de l’oeuvre, la rendre plus ludique.

Je me suis aussi imaginé comment sonnerait cette oeuvre jouée par quelqu’un qui l’aimerait. J’ai par la suite joué lentement en connectant à la phrase mélodique puis en me concentrant sur le son que je souhaitais. Et finalement, lors des concerts, j’ai porté mon attention sur le geste des phrases mélodiques plutôt que sur la vitesse.

En fait, j’ai utilisé la même stratégie que j’utilise lorsque je joue quelque chose que j’aime! Cette anecdote pourrait vous paraître futile, mais je reste convaincue de l’importance de l’amour lors d’une performance et voici un autre exemple.

À la fin d’un récital auquel j’assistais récemment, j’ai constaté que je pouvais dire sans l’ombre d’un doute qu’elle était la pièce préférée du musicien (j’ai d’ailleurs  confirmé avec la personne, j’avais visé juste).

De quelle façon l’ai-je découvert? Par l’entrée sur scène et la posture qui étaient différentes lors de cette pièce. Par la respiration qui était plus lente et calme, en parfaite cohérence avec l’énergie de l’oeuvre. De plus, la première attaque était précise et en parfait contrôle.

L’interprétation m’a touchée, j’en ai eu les larmes aux yeux. Vraiment, de toute beauté. Et derrière cette superbe performance, ce qu’il y avait de différent était l’amour du musicien pour l’oeuvre.

Ce n’est pas la première fois que j’observe ce lien entre amour et résultat. Il y a quelques mois, en écoutant un autre musicien qui me touche particulièrement, j’avais eu le même genre de réflexion.

J’ai observé que ce musicien jouait comme s’il aimait véritablement chaque son qui sortait de son instrument. On aurait dit que chaque note et chaque silence méritaient tous la même attention, le même soin.

Je me suis dit que ce pouvait être une piste.

Je l’ai testé, juste pour voir.

Juste pour savoir comment c’est de faire de la musique en aimant chaque note du début à la fin, chaque respiration, chaque silence.

Aujourd’hui, je suis encore plus convaincue que l’amour est une option.

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