Cette semaine, lors d’une répétition, notre chef trouvait que nous ne jouions pas ensemble. Il nous a alors demandé d’être plus proche de sa battue.

Je me suis mise à réfléchir à cette simple phrase et j’en suis arrivée à cette conclusion: nous jouons tous la même oeuvre, nous sommes tous assis dans la même salle, nous observons le même chef, mais nous traitons ces informations de façon complètement différente.

C’est quand même extraordinaire! Le rythme et le tempo, qui sont censés être des variables objectives (le métronome vous le dira), sont en fait complètement subjectifs!

À l’orchestre, il en résulte que certains musiciens sont directement avec la battue du chef, d’autres sont légèrement en avance et les autres légèrement en retard.

Je vous dirais qu’il en va de même en audition, où certains juges trouveront le rythme et le tempo d’un candidat parfait alors que d’autres diront que cette même personne a tout faux (c’est un fait vécu, j’ai vraiment entendu ces commentaires en audition).

Comment l’expliquer? Je vous propose trois catégories, pas du tout scientifiques, de musiciens qui ont chacune une façon très différente de garder le tempo à l’orchestre.

Le visuel

Le musicien visuel est selon moi le plus facile à identifier. Premièrement, il doit avoir une vue parfaite du chef et de sa baguette. Pour se faire, il s’organise toujours pour ne rien manquer et demandera plusieurs fois à ses collègues s’ils peuvent se déplacer un peu plus vers la gauche ou vers la droite.

Il aime beaucoup avoir un contact visuel avec le chef et lèvera donc régulièrement les yeux de sa partition. Il veut aussi voir son chef de section et idéalement le concertmaster.

Il a besoin d’un environnement visuel dégagé pour bien performer et pour rester avec le tempo du chef. Ce sont les changements dans son champ de vision (baguette, mouvements de collègues) qui activeront ses réflexes pour ajuster ce qu’il fait.

Par conséquent, le musicien visuel aura plus de difficulté à garder le tempo s’il ne voit pas la personne avec qui il joue, comme un musicien derrière lui.

Il en va de même si le chef a une battue très libre: il dira alors qu’il ne comprend pas le chef et il aura de la difficulté à s’adapter. Le musicien visuel a besoin d’informations visuelles claires.

L’auditif

Le musicien auditif a comme priorité de rester dans le même tempo que ses collègues. Ce n’est pas que la battue du chef n’est pas importante, mais se sont ses oreilles qui mènent le bal.

C’est le premier à remarquer quelles sections ne sont pas ensemble, qui n’a pas le même rythme que lui ou qui n’a pas la même articulation. Il devient par le fait même les oreilles du chef à l’intérieur de l’orchestre.

Le musicien qui fonctionne avec ses oreilles aura de la difficulté à être directement sur la battue du chef si certaines sections de l’orchestre poussent le tempo ou ralentissent. Tout se passe bien lorsque l’orchestre est ensemble, mais si le tempo devient instable, il ne saura pas qui suivre.

L’auditif adore vous parler de l’acoustique de la salle, comment il l’aime ou la déteste. S’il n’entend pas bien toutes les sections de l’orchestre, il vous dira qu’il a beaucoup de difficulté à garder le tempo. Le musicien auditif à besoin de jouer dans une acoustique qui lui permet de tout entendre.

Le kinesthésique

Il est beaucoup plus difficile d’observer le musicien kinesthésique puisqu’il fonctionne principalement au « feeling ». Il voit et entend comme les autres, mais pour lui tout se passe à l’intérieur. C’est comme s’il avait des antennes pour savoir ce que le chef allait demander.

Comme il n’est pas tributaire de ses yeux ou de ses oreilles, il est très souvent le moteur de l’orchestre. C’est lui que vous verrez respirer en même temps que le soliste, le chef ou un collègue, même lorsqu’il ne joue pas.

Comme il a la chance de pouvoir comprendre le tempo sans support visuel ou auditif, il s’adapte rapidement aux différents styles et battues de chefs. Le musicien kinesthésique doit par contre faire attention de ne pas tomber dans l’extrême du leadership et vouloir plus que les autres, chef y compris! Il pourrait alors agir seul et briser l’unité du groupe.

Lequel êtes-vous? 

Chaque musicien a sa façon de fonctionner et c’est très bien ainsi. Est-ce qu’une est préférable à l’autre? Je ne crois pas. Chaque type de musicien comporte ses forces et ses faiblesses et la force d’un groupe tient justement dans cette diversité.

Rien ne vous empêche d’explorer un style qui vous semble moins familier. Vous gagnerez en flexibilité. De toute façon, je parie que vous faites déjà un peu de tout ça.

De plus, je tiens à dire que rien de ce que j’ai écrit ici n’est « vrai »! Ce n’est que le résultat de mon observation et j’ose espérer que vous pourrez vous y reconnaître ou que vous reconnaîtrez vos collègues.

Découvrir ces différentes conceptions nous donne d’autres façons de comprendre nos fonctionnements internes. Lorsqu’on réalise que nous ne fonctionnons pas comme notre voisin, il est plus facile de faire preuve de tolérance et d’ajuster sa méthode de travail, au bénéfice du groupe.

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